Wat Chetuphon
Wat Chetuphon – Un joyau méconnu du sud de Sukhothaï
Niché dans la partie sud du parc historique de Sukhothaï, Wat Chetuphon est l’un de ces lieux qui marquent durablement les voyageurs. Dès 1908, le prince Vajiravudh — futur roi Rama VI — affirmait déjà que quiconque visitait Sukhothaï devait absolument découvrir ce temple, même s’il manquait de temps pour voir le reste.
Un temple unique en son genre
Le cœur du site est un impressionnant mondop, une salle d’images qui abritait autrefois quatre statues monumentales du Bouddha, chacune tournée vers un point cardinal. Malgré les dommages du temps, ces sculptures conservent une présence saisissante et témoignent du savoir-faire exceptionnel des artistes de l’époque.
Autre particularité : l’usage massif de blocs d’ardoise, rares dans l’architecture thaïe. Ces pierres sombres forment encore aujourd’hui une sorte d’enceinte autour du temple, un détail qui avait intrigué le prince Vajiravudh, au point de lui rappeler les monuments de l’Égypte ancienne.
Un site isolé, chargé de spiritualité
Situé à environ 1,6 km au sud de la porte Namo, Wat Chetuphon se trouve dans une zone aujourd’hui entourée de forêts et de rizières. À l’époque, l’endroit devait être encore plus sauvage.
Le temple fut longtemps connu sous le nom de Wat Thep Chumphon, le « Temple du Général Divin », avant que le prince Vajiravudh ne propose une autre origine : une déformation de Jetavana, un célèbre monastère forestier de l’Inde ancienne. Une interprétation qui renforce encore le caractère contemplatif et retiré du lieu.
Les quatre Bouddhas du mondop
Comme dans de nombreux temples de l’époque de Sukhothaï, Wat Chetuphon présentait plusieurs postures du Bouddha, illustrant différents moments de sa vie.
On y trouvait :
- à l’est : le Bouddha marchant
- au sud : le Bouddha couché
- à l’ouest : le Bouddha debout
- au nord : le Bouddha assis
Si les statues couchée et assise sont aujourd’hui très abîmées, les deux autres conservent une élégance remarquable, malgré l’absence de certaines parties. Le prince Vajiravudh les avait qualifiées d’acala, « immobiles », tant elles semblaient imposer une atmosphère de paix.
Autres structures à découvrir
Le site ne se limite pas à son mondop central. On peut également y voir :
- un grand viharn (salle d’assemblée) à l’est,
- un petit mondop à l’ouest, encore couvert, abritant une statue de Phra Sri Ariya (Maitreya, le Bouddha du Futur),
- et, un peu plus au sud, les vestiges d’un ubosot (salle d’ordination), aujourd’hui perdu au milieu des champs et des arbres.
Un temple ancien, peut-être plus que l’on croit
Selon le prince Vajiravudh, Wat Chetuphon pourrait dater d’avant le règne du célèbre roi Ram Khamhaeng (XIIIᵉ siècle). Il supposait que si ce dernier en avait été le fondateur, il l’aurait mentionné dans sa célèbre inscription.
Bien que cette hypothèse reste débattue, une autre inscription retrouvée à Wat Sorasak confirme que des moines vivaient déjà dans cette zone avant la construction de nouveaux logements.
Quelques temples du parc historique de Sukhothaï :
Photographies : Jean-Louis Delbende
