Wat Asokaram
Wat Asokaram (1399)
Un site méconnu mais essentiel pour comprendre l’histoire de Sukhothaï
Situé à 1,2 km au sud‑est de l’ancienne ville, Wat Asokaram est aujourd’hui un ensemble de ruines paisibles, envahi par la végétation. Pourtant, ce lieu discret occupe une place majeure dans l’histoire du royaume de Sukhothaï : c’est ici que fut découverte, au milieu du XXᵉ siècle, une inscription exceptionnelle datant de 1399.
Un site longtemps oublié
Pendant des siècles, les habitants appelaient l’endroit Wat Salat Dai, en référence à une euphorbe sauvage qui recouvrait les ruines. En 1958, des chasseurs de trésors mirent au jour une stèle ancienne qu’ils abandonnèrent sur place. Averties par des agriculteurs, les autorités la récupérèrent et la conservèrent au musée Ramkhamhaeng.
Cette stèle, parfaitement préservée, raconte la fondation du monastère par Sri Chulalaksana, une noble dame de la cour. Elle mentionne également son fils, nommé Asoka, en hommage probable au célèbre empereur bouddhiste indien. Le texte décrit l’installation de reliques sacrées, les donations de terres, ainsi que l’organisation du monastère, qui abritait alors une cinquantaine de moines.
À voir sur place
Même si le site est aujourd’hui très dégradé, plusieurs éléments permettent d’imaginer son importance passée :
Le chedi pyramidal
- Construit en forme de pyramide à degrés, il servait de reliquaire.
- Sa flèche s’est effondrée, mais sa base massive reste impressionnante.
- Ce type de chedi est rare à Sukhothaï : seuls cinq exemples sont connus.
Le viharn (salle d’assemblée)
- Orienté vers l’est, il n’en subsiste qu’une colonne et les bases des autres piliers.
- On distingue encore l’organisation générale du bâtiment et l’emplacement de l’autel.
Les chedi satellites
- Quelques fondations témoignent des structures secondaires qui entouraient autrefois le sanctuaire.
À son apogée, Wat Asokaram était un vaste complexe : terres agricoles, jardins, familles d’esclaves affectées au service du monastère, et même des musiciens chargés d’accompagner les cérémonies.
Un héritage sauvé par une stèle
Après l’intégration de Sukhothaï au royaume d’Ayutthaya en 1438, le monastère fut progressivement abandonné. Sans la stèle de Sri Chulalaksana, son nom et son histoire auraient probablement disparu.
L’inscription exprime le souhait de la reine de transmettre son mérite à sa famille et d’assurer la prospérité spirituelle de tous. Ce texte, l’un des plus émouvants de l’époque, donne une voix rare à une femme de la cour de Sukhothaï.
Pourquoi visiter Wat Asokaram ?
- Pour découvrir un site authentique, loin des circuits touristiques.
- Pour comprendre l’histoire intime et spirituelle du royaume de Sukhothaï.
- Pour apprécier un lieu où nature et ruines se mêlent dans une atmosphère sereine.
Wat Asokaram n’est pas le temple le plus spectaculaire du parc historique, mais c’est l’un des plus touchants : un lieu où l’histoire, presque effacée, a été miraculeusement préservée.
Quelques temples du parc historique de Sukhothaï :
Photographies : Jean-Louis Delbende
